“Vers un monde altruiste ?” ou comment vous réconcilier avec la nature humaine

Capture du documentaire

« Vers un monde altruiste ? » © ARTE

L’altruisme ne serait pas une simple qualité, une construction sociale et morale, mais une aptitude fondamentalement innée, plus ou moins inhibée ou développée selon les individus. C’est sur ce postulat, inédit et porteur d’espoir, que se construit le documentaire “Vers un monde altruiste ?”. A voir, revoir et faire voir. Impérativement.

C’est donc à travers le prisme scientifique que Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman abordent, dans ce documentaire passionnant diffusé la semaine passée sur Arte (et toujours visible ici), la question de l’empathie et de la bienveillance humaines. Pendant 1h30, il n’est question ni de doucereuse gentillesse, ni de bons sentiments sucrés, mais de cortex cérébral, d’expériences menées par les chercheurs de grandes universités et de réflexes hérités de nos ancêtres. Une manière de débarrasser le sujet de sa charge émotionnelle et de l’envisager de façon factuelle et ancrée dans le réel de notre quotidien. Par exemple en observant des bébés naturellement bienveillants, qui font preuve d’une appréhension spontanée du bien et du mal, du “gentil” et du “méchant”, avant que toute construction éducative et sociale n’ait pu faire son oeuvre.

Cette enquête, explique Thierry de Lestrade, l’a mené à comprendre que “l’altruisme n’est pas une pratique culturelle mais un héritage de l’histoire de l’évolution”. Car selon les scientifiques et les anthropologues, point de civilisation viable sans coopération entre les êtres humains : faisant (partiellement) mentir Darwin, le groupe l’emporte sur l’individu et c’est davantage la coopération que la sélection naturelle qui ont permis le développement de l’humanité.
L’homme est donc résolument un coopérateur, de manière instinctive (comme en témoignent les scènes spectaculaires d’entraide lorsque que quelqu’un tombe dans le métro ou lors de catastrophes naturelles, par exemple). Nous sommes mécaniquement faits pour agir et penser avec empathie, en prenant en compte l’intérêt et la satisfaction des autres, et pas seulement notre propre bien-être.

 

Image de présentation du documentaire

« Vers un monde altruiste ? » © ARTE

 

Semblables. Alors pourquoi la société ne semble-t-elle pas refléter ces “bonnes intentions” inhérentes à l’homme ? Pourquoi les guerres, les conflits et les rapports humains distendus ? En partie, estiment les réalisateurs de ce film, parce que les médias nous abreuvent d’histoires de compétition, d’individualisme, de loi du plus fort, à tel point qu’on en vient à croire que la société est pétrie d’égoïsme. Des images certes percutantes mais qui ne sont, statistiquement et scientifiquement parlant, pas représentatives de notre comportement humain dans sa globalité.
Néanmoins, il n’est pas question de le nier, notre siècle n’échappe pas aux violences et aux tensions exacerbées. Alors, à quel moment la machine se détraque-t-elle ? A quel moment les bébés altruistes que nous étions ont perdu leur innocence ? En fait, les chercheurs montrent que oui, l’homme favorise l’autre, mais à condition que cet autre lui ressemble et qu’il partage ses goûts. Une hiérarchie s’instaure donc entre les gens “comme moi”, que je vais spontanément aider et entourer et les gens “comme les autres”, qui apparaissent parfois comme une menace… Une distinction cédant le terrain de l’empathie sans condition à une compassion à géométrie variable. La clé, pour Paul Bloom, chercheur en psychologie à Yale, serait donc d’ “élargir notre cercle moral pour établir un “nous” qui inclurait tout le monde”, afin d’éviter le repli identitaire forcément restrictif, et donc nocif.

Méditation. La bonne nouvelle, c’est que ça se travaille ! Les chercheurs ont prouvé qu’avec un peu d’exercice, on pouvait influer sur notre cerveau et (re)développer notre aptitude à l’entraide et à la solidarité : le reportage prend l’exemple de Mathieu Ricard, moine bouddhiste qui a fait de la méditation le coeur de son existence et dont le cerveau a, au fil de cette pratique, subi des modifications profondes et définitives… des changements qui s’observent également chez monsieur et madame tout-le-monde, en très peu de temps et de manière durable.

L’évolution de la société dans le sens d’un monde plus altruiste viendra donc de la mobilisation par chacun de sa faculté à l’empathie : la gentillesse et la bienveillance, ça se travaille, ça s’entretient, grâce en particulier à la méditation, donc. Les études prouvent que quelques minutes quotidiennes d’exercice mental suffisent à changer notre perception des autres. Alors, si on s’y mettait ? Parce qu’à la fin, ce sont toujours les gentils qui gagnent…

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Le documentaire d’Arte
Vers un monde altruiste ?

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Et en bonus, cette vidéo imaginée par une organisation à but non-lucratif, Life Vest Inside et dont le documentaire d’Arte diffuse un bref extrait pour illustrer son propos : l’altruisme, c’est un cercle vertueux de solidarité et d’amour des autres.

 

 

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