Si j’étais ministre

(© Flickr/Denis Bocquet/CC)

Attention, remaniement. Dans un ouvrage de fiction-anticipation, les portefeuilles ministériels ont été redistribués. A quelques mois de l’élection présidentielle en France, les 18 co-auteurs du petit essai « Alter-gouvernement » se sont pris à s’imaginer dans les habits des ministres de l’Agriculture, de la Justice, des Affaires étrangères… Dix-huit « maroquins » comme on dit, repensés par des spécialistes de leur domaine respectif, voilà la première petite révolution de cette expérience.

Finie la politique politicienne, si on laissait enfin la place aux pros ? Rien de plus logique en effet que de confier les questions du Travail, de l’Économie et des Finances (réunies ici dans un seul et unique ministère) à un professeur de Sciences économiques et sociales. Ou de charger une productrice de France Culture de revoir les grandes directions du gouvernement en matière d’Information. Ainsi ces « citoyens-experts », pour la plupart des militants engagés, s’efforcent-ils de dresser en quelques pages un bilan des dernières années ou décennies, de pointer les dérives et les abus et d’esquisser leur vision d’un monde meilleur.

Mais point de rêverie dans tout cela, bien au contraire. On n’est pas là pour fantasmer et critiquer stérilement ce qui n’a pas ou mal été fait. Il s’agit bien, et le plus sérieusement du monde, d’imaginer des réformes réalistes et réalisables, de définir les urgences à traiter, de guider les esprits pour un « Printemps français ». Et de formuler les propositions concrètes et chiffrées qui permettront d’y parvenir.

Pas d’angélisme

La seconde petite révolution de l’ouvrage, c’est la concertation, qui semble primordiale ; ainsi le ministre de la Culture ne se voit pas fonctionner en vase clos mais veut au contraire « étendre son action à l’ensemble des champs du social dans lesquels il interviendra pour apporter un point du vue culturel ». Celui de l’Agriculture devra s’entendre avec son collègue de l’Écologie pour favoriser la sauvegarde de l’environnement tout en maintenant des exploitations  compétitives.

Pour Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au Logement (DAL) et pour l’occasion, « ministre du Logement », le « décrochage » entre l’offre immobilière et la demande, qui a démarré en 2000 et qui frise l’irrationnel depuis la crise des subprimes de 2008, ne pourra être résorbé qu’en passant par une politique ferme : réquisition des logements vacants, interdiction de la spéculation, aide à la construction massive d’habitations à destination des classes moyennes et populaires…

Pas d’angélisme dans ces propositions pour autant : pour la « ministre des Affaires étrangères » Susan George (cofondatrice d’Attac), il est nécessaire d’accroître le rayonnement de la France à l’étranger, d’augmenter aussi ses moyens tout en cessant de se plier au diktat de la finance internationale. Sans hypocrisie, elle reconnaît qu’il faudra parfois traiter avec des « régimes autoritaires », mais qu’il est indispensable aussi de ne plus se laisser influencer par certaines puissances dites amies, qu’il faut ainsi reconnaître la Palestine en tant qu’État…

Il s’agit pour ces contributeurs de repenser totalement la relation des politiques aux citoyens. De supprimer les rapports de domination qui ont mis à distance les principaux intéressés en créant une frontière infranchissable entre élite dirigeante et population impopulaire. Trois mots d’ordre ont motivé la rédaction de cet essai pas si irréaliste qu’il pourrait le paraître au premier abord : Humanité. Responsabilité. Solidarité. Des valeurs à replacer au cœur du système, selon le collectif d’auteurs. Et une bonne leçon pour les présidentiables qui ont tout à gagner à s’inspirer de ces idées, avant de former leurs futures équipes gouvernementales. En attendant, on peut toujours essayer d’y croire, avec ces 18 révolutionnaires pragmatiques.

2 réflexions sur “Si j’étais ministre

  1. LEGRAND François dit :

    Ne s’agit-il pas de technocratiser la politique ce qui est déjà fortement le cas actuellement. J’ai toujours redouté les politiques qui avaient des idées. La force de la politique est de résister à la technique et de l’infléchir aux idées. Leur compétence est de savoir s’entourer de techniciens et de garer le cap de leur orientation politique qui est leur véritable compétence. Leur rôle est de s’assurer que les techniciens peuvent avoir leur confiance en regard de la politique (philosophie) qu’ils souhaitent mener.
    Les techniciens dans un monde éminemment technique ont évidemment un rôle à jouer. Mais ils doivent être soit « objectifs » et défendre leur technique soit être politiquement orientés (ce que je ne crois pas souhaitable, un contre-pouvoir interne ayant un rôle à jouer)

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