Le courant ne passe pas sur France 2

(©aéroporc/Flickr/CC)

Vivre six jours d’affilée sans chauffage, lumière, frigo, eau chaude, four, lave-linge… Tel est le défi qu’ont relevé sept familles de Cabris, village des Alpes-Maritimes, sur la proposition de France 2. Diffusée mardi 3 janvier en prime time, l’émission « Une semaine sans électricité » aurait pu être l’occasion de divertir les 2,63 millions de téléspectateurs qui l’ont regardée tout en les sensibilisant à l’intérêt des économies d’énergie ou en les faisant s’interroger sur la consommation à outrance d’équipements électroménagers.

La chaîne en a décidé autrement, préférant se focaliser sur les joies d’un barbecue convivial à la bougie ou l’intérêt des systèmes D (lampes à pétrole, gazinières, fers à repasser en fonte, etc.) mis en place par les villageois, qui sont autant, voire plus énergivores que les installations auxquelles ils se substituent.

Certes, l’émission de télé-réalité, réalisée par la société BBC Worldwide France, ne s’était pas engagée à évoquer l’impact environnemental de la surproduction d’électricité ou les enjeux d’une consommation plus « responsable » d’énergie. Mais, il aurait été bienvenue de la part d’une chaîne du service public de proposer un programme plus pédagogique et fouillé.

Durant près d’une heure et demie, on suit ainsi ces Cabriens dans cette course d’obstacles qu’est la vie sans électricité. Si les villageois se rendent compte au fil des jours de l’ampleur de leur dépendance énergétique que ce soit pour la conservation des aliments, la préparation des repas, les tâches ménagères, l’éclairage… à aucun moment on ne les voit se questionner sur les éventuels gaspillages qu’ils réalisent avant, pendant et même à l’issue de « l’aventure ».

Ainsi, malgré l’absence d’eau chaude, la famille Poulain n’hésite pas à faire réchauffer plusieurs litres d’eau pour assurer le bain du soir des enfants. Nadine Sauzé quant à elle s’empresse de rallumer chaque lampe de la salle à manger dès que le courant est rétabli.

Certains, comme Michel son mari, ont en revanche été séduits par l’expérience. Le couple de retraités Roustan a notamment pris la solide résolution de se séparer de sa machine à café au profit d’une bonne vieille cafetière à l’italienne. Quant aux parents des familles Tasso et Gemelli, ils se réjouissent d’avoir eu l’occasion de se rapprocher de leurs enfants faute d’autres sources de distraction.

La seule prise de conscience collective est finalement celle de l’isolement, du manque de communication et de l’absence de solidarité entre voisins et membres d’une même famille. En cause, non pas l’électricité mais plutôt la dépendance au téléviseur, à l’ordinateur, aux jeux vidéos ou au téléphone portable (dont nous avions déjà parlé ici) qui favorisent un repli sur soi et font écran à tout échange. Un peu honteux, David Tasso reconnaît d’ailleurs qu’il « colle » facilement ses enfants devant la télé pour les « calmer ». Michel Sauzé va plus loin regrettant qu’« à cause du modernisme on ne se parle plus » et que « c’est pour ça que les gens divorcent ».

Au bonheur des dames

Nadine nuance toutefois : « Michel peut se permettre de vivre sans courant, il est à la retraite. Mais une femme active comme moi ne peut pas se le permettre ». Car ce que souligne le programme c’est que si les nouvelles technologies divisent le foyer, elles rendent un grand service à ces dames pour les corvées quotidiennes.

Stéphanie Gemelli assure que sans électricité le temps accordé à la vaisselle, la cuisine, le ménage a doublé ; tâches qui reviennent d’ailleurs presque systématiquement aux épouses. Exemple emblématique, l’épisode du lavoir communal, réouvert pour l’occasion, où le linge familial est nettoyé entre femmes, à l’exception d’Adrien et Ufuk, le couple d’homosexuels. Bonjour la modernité.

Finalement, plutôt que de savoir comment vivre sans électricité, il aurait été intéressant de se demander comment l’utiliser autrement et de manière plus réfléchie. A l’issue de l’émission, on s’interroge sur l’intérêt d’un tel programme sachant que personne ne décide de faire évoluer son comportement vis-à-vis de sa consommation énergétique.

Derrière le divertissement, quel enseignement peut-on en tirer ? « Pensez à éteindre de temps en temps votre téléviseur pour vous occuper de vos enfants ou parler à vos voisins » ? « L’éclairage d’une bougie est plus agréable que celui des néons », et « l’eau chaude c’est pratique » ? Peut-être aussi : « Vous êtes très dépendants de l’électricité, heureusement, il existe, en France, 58 réacteurs nucléaires – produisant 70% de l’électricité nationale – pour vous servir ».

Pour voir l’émission dans son intégralité, cliquez ici

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